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Peut-on faire rimer transition numérique et transition écologique ?

4 Oct 2019

Peut-on faire rimer transition numérique et transition écologique ?

4 Oct 2019

À l’heure de la dématérialisation et du Big Data, il faut sans attendre rationaliser, organiser et contrôler les activités numériques pour les mettre au service de la transition écologique. Un objectif difficilement réalisable sans le concours des pouvoirs publics.

Le terme smart (intelligent) est de plus en plus accolé aux activités où le numérique s’implante : agriculture, réseaux de transport, réseaux électriques, gestion des déchets, alertes météo en temps réel, etc. Si l’objectif principal est la recherche de gains de productivité, le numérique est aussi un allié pour réaliser des économies d’énergie. Malgré tout, cet apport, sans être négligeable, ne suffit pas à répondre au défi écologique qui nécessite de diviser notre consommation d’énergie et d’autres ressources rares par quatre, cinq ou plus le plus rapidement possible.

Pour un numérique plus écologique

Aujourd’hui, tous les acteurs du numérique (qui ne se limitent pas seulement au secteur informatique) qui fabriquent et utilisent des équipements et des infrastructures numériques ont besoin d’une quantité impressionnante de ressources naturelles non renouvelables et parfois extrêmement rares. L’exploitation de ces ressources représente la première source d’impacts environnementaux. Réduire la dépendance à ces ressources est un enjeu de taille et les résultats se feront sur le long terme. Pour le moment, de nombreuses initiatives sont prises dans ce sens. Les équipements électroniques sont soumis à des réglementations européennes visant à limiter l’utilisation de substances dangereuses, à améliorer leur collecte et leur traitement en fin de vie. Des labels ont vu le jour pour faciliter l’achat d’équipements numériques plus respectueux de l’environnement (Energy Star, TCO, Epeat, Blue Angel, etc.), mais des progrès restent à faire.

Parmi les axes de progrès prioritaires figure la durée de vie des équipements qui ne cesse de baisser. Entre 1985 et 2015, la durée de vie d’un ordinateur a été divisée par trois passant de onze à quatre ans. Il est nécessaire de promouvoir la réparation et la modularité des équipements nouveaux, mais aussi leur mise à niveau et le réemploi des équipements anciens.

Le matériel n’est pas le seul concerné. Les services numériques (applicatifs et sites Internet) doivent également être conçus de façon plus responsable. GreenIT.fr et le collectif Conception numérique responsable, par exemple, développent une méthodologie et des outils d’éco-conception qui ont déjà permis de diviser par trois l’empreinte énergétique d’un site web tout en améliorant l’expérience des utilisateurs. Cette méthode de conception vise en premier lieu à réduire la quantité de ressources informatiques (serveurs, bande passante, etc.) et aussi à créer un logiciel ou un service Web plus sobre, et allant à l’essentiel (graphismes minimalistes mais efficaces, pas de fonctionnalités superflues, code optimisé, etc.).

 

Soutenir l’innovation numérique en faveur de l’écologie

L’État et les collectivités locales françaises ont développé avec succès de nombreux dispositifs publics pour soutenir l’innovation numérique (French Tech, véhicule autonome, ville intelligente, etc.). Mais ces dispositifs demeurent souvent éloignés des enjeux écologiques. S’ils font miroiter des perspectives écologiques favorables, celles-ci ne sont jamais abordées en profondeur et aucun dispositif ne permet d’en mesurer les impacts. Il existe quelques dispositifs publics qui tentent de décloisonner l’innovation numérique et l’innovation écologique, comme la « Green Tech Verte » au niveau national, les opérations « Greenconcept » menées par la Région Occitanie en collaboration avec l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), et « écoconception web » menée par l’Agence économique de la Région Bourgogne-Franche-Comté toujours avec le soutien de l’Ademe. Mais ils sont encore modestes et peu nombreux. En cause, les porteurs de projets numériques ne sont pas familiers des méthodes et des outils d’éco-conception, et ne peuvent par conséquent évaluer leur impact environnemental.

Un autre obstacle est que les innovateurs qui cherchent à développer de nouvelles solutions dans les domaines de la mobilité, des réseaux d’eau ou d’énergie ont besoin des pouvoirs publics pour communiquer leurs solutions auprès des citoyens, les expérimenter, voire contribuer à leur financement. Les pouvoirs publics ne doivent pas voir ces solutions comme des concurrents, mais comme des alliés et essayer de soutenir leur déploiement.

Des réseaux de proximité

Si le numérique veut passer du problème à la solution dans la transition énergétique et écologique, il sera nécessaire de modifier quelque peu le modèle actuel en s’appuyant plus sur des acteurs différents ou des technologies alternatives. Par exemple, le stockage distribué de données (le cloud) peut s’appuyer sur la technologie du pair-à-pair (peer-to-peer) qui permet de diminuer la charge du réseau et de partager les capacités de stockage contrairement au modèle centralisé actuel (souvent hébergé à l’étranger). La solution de petits data centers que l’on pourrait qualifier de « proximité » peut aussi permettre de réduire les impacts énergétiques en favorisant des transferts de données plus courts. Pour cela, il faudrait que chaque région ou chaque métropole puisse posséder les infrastructures nécessaires au déploiement de data centers accessibles aux PME par exemple.

 

Le rôle des pouvoirs publics

Pour agir vite, le législateur joue un rôle essentiel. Il permet d’imposer des directives ou de mettre en valeur des initiatives. Voici quelques points qui vont être, ou qui devraient être, abordés prochainement :

  • Allonger à cinq ans la durée de garantie des équipements numériques. Généraliser l’affichage « durabilité » de ces produits (empreinte environnementale, durée de vie, réparabilité, disponibilité de pièces détachées) et l’élargir aux services numériques.
  • Soutenir le développement d’un label « numérique responsable » pour les entreprises de services numériques, puis faire de ce label un critère de sélection lors des appels d’offres publics.
  • Rendre obligatoire l’éco-conception des sites Web et des services en ligne de l’État et des grandes entreprises.
  • Soutenir les projets de coproduction de données pour la transition écologique. La puissance publique devrait soutenir de tels projets, en les alimentant de données en sa possession (exemple d’OpenStreetMap), voire en contribuant à leur financement.
  • Engager une « revue écologique » des programmes d’innovation numérique, sur le véhicule autonome ou l’industrie du futur par exemple, afin qu’ils intègrent les enjeux environnementaux de manière non superficielle.
  • Créer une base de données publique pour permettre aux acteurs du numérique d’analyser leurs impacts environnementaux. Ces acteurs ont besoin de nombreuses données, sur le coût environnemental des serveurs ou des ordinateurs par exemple. Il est indispensable de faciliter l’accès à ces données pour que les innovateurs puissent éco-concevoir leurs solutions.

 

Sources :
www.GreenIT.fr
www.IDDRI.org
Ademe FING
WWF France
CNNum